INRA : non au pièges à frelons asiatiques

Le piégeage des fondatrices remis en question

Une équipe de chercheurs de l’Inra Bordeaux a réalisé une étude de terrain sur l'efficacité du piégeage des reines Vespa velutina à la sortie de l'hiver. Contrairement aux idées reçues, la focalisation sur le piégeage des fondatrices n'apporte pas de réelles solutions dans la lutte contre l'expansion et la prédation du frelon à pattes jaunes.

Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 14/02/2013
Publié le 08/02/2013
 

Plusieurs stratégies ont été proposées afin de limiter l’expansion et la prédation du frelon à pattes jaunes sur les abeilles. L’une d’elle consiste à piéger des fondatrices (nouvelles reines) à la sortie de l’hiver lorsqu’elles fondent les nouvelles colonies. Ce piégeage est sujet à controverse. Pour certains, chaque fondatrice capturée représente une colonie en moins. Mais les opposants à cette technique considèrent que le piégeage de fondatrices n’a aucun impact sur l’expansion du frelon à pattes jaunes.

Dans un article publié dans la revue Open Journal of Ecology, l’unité Santé et agroécologie du vignoble de l’Inra de Bordeaux apporte des éléments d’évaluation de type coût/bénéfice de cette technique en mesurant les performances de captures de fondatrices par rapport aux captures d’autres insectes non cibles : moins de une fondatrice par piège et par semaine alors qu’il faudrait en capturer des centaines !

Les chercheurs ont ainsi montré que les zones proches de points d’eau (la plupart des nids sont construits autour de points d’eau) sont plus propices aux captures de fondatrices de V. velutina, mais que ce type de piégeage est nuisible à de nombreuses espèces non-cibles. Globalement, le rendement obtenu est très faible par rapport à ce qui était attendu, et ne semble pas se répercuter par une diminution importante de la pression de prédation sur les ruchers.

 

 

 

Les scientifiques ne sont guère optimistes quant à l’utilité de cette technique telle qu’actuellement promue par de nombreuses collectivités locales. Elle ne semble pas, à elle seule, capable de juguler l’invasion biologique de ce prédateur.

Piège INRA permettant de capturer lers frelons prédateurs autours de rûchers., © THIERY Denis, MAHER Nevile
Piège Inra pour capturer des frelons autour des ruchers. © THIERY Denis, MAHER Nevile
« Ces pièges de printemps, souvent à base de bière et de cassis, ont été préconisés en particulier dans la communauté urbaine bordelaise. Ils ont pour but de capturer les reines fondatrices en début de cycle annuel. Ils sont globalement assez décevants. En outre, ils peuvent avoir des effets non intentionnels : peu sélectifs, ils peuvent tuer toutes sortes d’autres insectes, surtout si ce piégeage est prolongé tard dans le printemps », explique Denis Thièry.

L’unité Save s’est donc orientée vers d’autres types de piégeage : des pièges de diversion positionnés autour des ruchers. Ces pièges ont pour but de faire diminuer la pression de prédation exercée par les ouvrières prédatrices des abeilles. En même temps, différents attractifs alimentaires sont testés afin d’obtenir la meilleure sélectivité possible et le nombre de captures maximal de frelons asiatiques.

Mais Denis Thièry préconise aussi le piégeage d’hiver, qui consiste à capturer les femelles au moment où elles quittent le nid pour hiverner. Le principal avantage de ce type de piège est d’engendrer  beaucoup moins de captures d’autres insectes, moins nombreux qu’au printemps.

 

« Nos recherches visent à apporter à la filière apicole des pièges fiables et sélectifs qui aideront à protéger les ruchers durant la période de prédation, de juillet à novembre. D’un point du vue plus fondamental, elles visent aussi à affiner les connaissances sur le comportement de prédation du frelon et son organisation sociale, explique Denis Thièry, directeur de l’unité Santé et agroécologie du vignoble (Save) à l’Inra de Bordeaux. Nous travaillons sur la communication chimique qui joue un rôle majeur dans les phénomènes de reconnaissance soit entre espèces (le frelon et ses proies) soit au sein de celles-ci ».

L’unité a mis en place au laboratoire un élevage de nids de frelons en captivité et dispose in situ d’un rucher expérimental et d’une plateforme expérimentale. « Nous étudions son aire de prédation pour déterminer la fidélité de Vespa velutina à un site de chasse : Mémorise-t-il les ruches qui lui semblent ‘intéressantes’  et communique-t-il ce message à ses congénères ? Quelle signature chimique laisse-t-il sur ses proies ? Y a-t-il concurrence entre colonies pour un même rucher ?, etc. », poursuit Denis Thièry.

Le rucher expérimental permet aussi de tester l’attractivité de différents types de pièges à différentes distances des ruches pour mettre au point des pièges soit avec des phéromones soit avec des appâts nutritifs sélectifs. « Le piège à phéromones est le moins néfaste pour l’environnement », observe Denis Thièry, partisan d’une synergie de méthodes de lutte complémentaires et de l’élaboration de nouvelles méthodes.