2015 Un miel amer au goût de trop sucré...

 

 
Le miel d’importation autorisé met en danger la filière française. D.R. Le  (c) Copyright Journal La Marseillaise
 
 

La Commission européenne autorise depuis le 1er janvier l’importation et la commercialisation des miels avec seulement 23 % d’apport naturel. Réactions dans le Var.

Sous la double pression des lobbys sucriers et de la disparition progressive des abeilles, la Commission européenne autorise depuis le 1er janvier l’importation et la commercialisation des miels avec 23 % d’apport naturel et 77 % de glucose. Histoire d’un combat inégal entre le pot de miel contre le pot de fer du libéralisme marchand.

Dans cette disparition programmée du bon vieux miel d’antan, on ne saurait trop dire qui est le plus virulent du frelon tigre d’Asie, tueur de nos vieilles abeilles européennes, ou des lobbys du sucre qui poussent à l’instauration de nouvelles règles commerciales. Ou encore du néo-libéralisme mercantiliste de l’Union européenne qui se sucre au passage. Toujours est-il que pour satisfaire aux trois exigences, l’Europe vient de réglementer la commercialisation de miels d’importation artificiels avec apport de glucose dans le pot (à condition de le préciser sur l’étiquette).

Pris la main dans le pot

D’abord, il faut savoir que l’apport de sucre liquide dans le pot de miel est une tentation facile que presque tous les apiculteurs pourraient s’empresser d’assouvir pour « ne pas épuiser les ruches ».Car c’est vrai que la filière miel est bien fatiguée... Entre la pollution, les pesticides et les importations de Chine non-contrôlées. Cela a toujours existé. Un apiculteur varois interrogé nous racontait que pendant la guerre, des ruches installées à Toulon produisaient un ersatz de miel que les Toulonnais appelaient « la mielone ».

Par ailleurs, il est très difficile de déceler l’apport sucrier dans le pot. Les analyses sont très coûteuses. La méthode SMRI par spectrographie ne peut être opérée que par des laboratoires privés qui sont souvent liés aux lobbys sucriers. Que ce soit pour protéger les abeilles, pour vendre moins cher ou pour répondre à la forte demande, les pots de miel sont de plus en plus des pots de sucre qui n’ont plus rien à voir avec le doux hydromel des dieux de la Grèce !

Une filière liée à l’importation

Notons que le miel contient déjà beaucoup de sucre (fructose, glucose, saccharose et 15% d’eau). Et que la consommation de miel en France a explosé en dix ans (125 % d’augmentation).Tandis que la production de miel n’a cessé de baisser : 13 000 tonnes en 2014 contre 40 000 tonnes en 1990. Pour satisfaire la demande toujours croissante, la seule solution est-elle d’importer massivement ? En gros, 8 pots sur 10 proviennent de Chine ou du Vietnam, des pays moins regardant sur les normes et la traçabilité. « C’est bien simple : en dessous de 4 euros le kilo, le consommateur ne peut s’attendre qu’à des miels d’importation dont certains ont moins de 25% de produits fournis par les abeilles. » Henri Clément, de l’UNAF (Union nationale de l’apiculture française) précise même que l’on peut fabriquer un miel totalement artificiel. Peu de différence avec un sirop industriel.

Le néo-libéralisme est soluble dans le pot de miel

Le miel de Chine revient à l’apiculteur chinois, 0,50 centimes d’euro le kilo. Il est vendu en Europe environ 3,50 euros dans la grande distribution. C’est un produit de consommation courante apparemment sans toxicité, mais le miel d’apiculteur français, lui, revient à 3 euros ou 4 euros le kilo à la production et il est vendu environ 10 euros chez le producteur.

On comprend qu’en autorisant la commercialisation du miel d’importation, d’une part, on tue la filière française et notamment varoise, mais que d’autre part, dans cette guerre des prix, on incite indirectement les petits apiculteurs à ajouter du glucose dans le pot pour lutter contre le dumping des importateurs.

Lobby du sucre

Si l’on ajoute à cela la pression du lobby du sucre en France, on comprend que si l’on continue sur cette voie, nos petits enfants ne connaîtront qu’un vague sirop crémeux en guise de miel. Quant aux abeilles,victimes d’une surmortalité de 30 % en moyenne par an (une ruche sur trois disparaît chaque année), elles ne seront qu’un lointain souvenir livresque virgilien. « Je chante l’abeille, son miel et ses riches bienfaits », écrivait Virgile dans « Les Géorgiques »...

En 2013, la Commission européenne, pour donner le change, a interdit l’épandage du pesticide appelé « Gaucho », alors qu’une trentaine d’autres molécules neurotoxiques restent autorisées pour ne pas trop faire perdre de l’argent aux grands lobbys de l’agrochimie internationale. Miel alors !

Jean-François Principiano