L'Abeille noire, insecte de l'ouest européen menacé par l'importation de ses congénères

Sciences et Avenir avec AFP

Alors que le débat sur l'interdiction des insecticides bat son plein au Sénat français, l'abeille noire souffre de l'expansion des autres abeilles sur son territoire. Une situation alarmante.

L'Abeille noire est l'une des sous-espèces d'abeilles les plus répandues dans l'ouest européen. © Crédit FRED TANNEAU / AFPL'Abeille noire est l'une des sous-espèces d'abeilles les plus répandues dans l'ouest européen. © Crédit FRED TANNEAU / AFP

ALERTE. Les insecticides comme les néonicotinoïdes ne sont pas les seules menaces pesants sur les abeilles. Pour l'Abeille noire (Apis mellifera mellifera), abeille locale des contrées ouest-européennes, la mauvaise passe dans laquelle elle est aujourd'hui provient principalement de l'importation d'autres abeilles. Les défenseurs de cet insecte s'alarment même de sa disparition en France. Cette sous-espèce de l'Abeille commune (Apis mellifera) a été initialement sélectionnée pour son attrait en apiculture, mais reste un atout majeur pour les écosystèmes dont elle fait partie, comme les autres abeilles pollinisatrices. Or, comme ces dernières, elle souffre de l'essor de l'agrochimie, des monocultures, de maladies et d'autres champignons. Mais plus encore que le reste de ses congénères, elle subit aussi l'impact de dizaines d'années d'importation d'autres espèces d'abeilles, vues comme plus productives. "Il a fallu un million d'années pour former les 29 sous-espèces d'abeilles, et en 50 ans, on les homogénéise", déplore Lionel Garnery, chercheur spécialiste de la génétique des abeilles au CNRS, estimant "qu'on crée des cocktails explosifs en important des abeilles du monde entier".

Compétition inter-espèces ou choix des apiculteurs, à qui la faute ?

En décembre 2015, dix conservatoires - des Cévennes, du Perche ou d'Ardèche - se sont réunis pour fonder la Fédération européenne des conservatoires de l'abeille noire (Fedcan). Une dizaine d'autres sont en projet en France, animés d'un même objectif : maintenir la biodiversité des abeilles, former des apiculteurs mieux conscients de leurs avantages écologiques, et réhabiliter l'Abeille noire. "Sous-espèce rustique qui a su traverser deux glaciations, elle sait s'adapter aux climats, se débrouiller sans l'aide de l'homme et butiner sur de vastes zones grâce à ses capacités de vol", souligne la Fedcan. Selon les analyses de M. Garnery, l'Abeille noire ne représente plus que 11% des ruches d'Île-de-France. Ailleurs, elle est souvent minoritaire, voire résiduelle, en Alsace notamment. Aujourd'hui, un nombre croissant d'apiculteurs en demandent, "mais aucune filière d'élevage existe pour répondre à cette demande spécifique", regrette-il, lui qui craint "que l'on commette les mêmes erreurs qu'il y a 40 ans avec les bovins"...


Ajouté le 29/05/2016 par adage -